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Décrochage scolaire et raccrochage

Avant propos


La lutte contre le décrochage scolaire est une priorité européenne et nationale majeure. L'un des objectifs de la stratégie Europe 2020 est de réduire à moins de 10 % la proportion de jeunes de 18 à 24 ans ayant abandonné prématurément leurs études.
Les politiques de lutte contre le décrochage, menées depuis plusieurs années en France ont permis un net recul du décrochage, en particulier la campagne Tous mobilisés pour vaincre le décrochage scolaire qui a renforcé la coordination de l'ensemble des acteurs concernés. Pour autant, un nombre important de jeunes sortent encore du système scolaire sans diplôme.
La lutte contre le décrochage scolaire constitue un enjeu humain, un défi social et économique majeur pour la France.



veille

  • Insertion : l'école des plombiers du numérique ouvre ses portes à Lyon
    19 novembre 2018
    Accueil > Actu > Insertion : l'école des plombiers du numérique ouvre ses portes à Lyon actu L'école des plombiers du numérique va former des jeunes adultes éloignés de l'emploi au déploiement de la fibre optique. Un apprentissage utile dans un secteur qui manque de main d'oeuvre. Cette démarche est soutenue par la Métropole de Lyon dans le cadre de son Programme Métropolitain d'Insertion pour l'Emploi (PMIe). L'association des plombiers du numérique ouvre une nouvelle antenne à Lyon. Porté par l'École de la Deuxième Chance (E2C) Rhône Lyon Métropole, ce dispositif a reçu le soutien de plusieurs acteurs de l'insertion, et de la Métropole de Lyon. Les plombiers du numérique sont installés dans les locaux de l'E2C, 17 avenue René Cassin (Lyon 9e). Plombiers du numérique : une formation courte en alternance Objectif de cette école : former des techniciens qui travailleront au déploiement de la fibre optique. 16 stagiaires font partie de la première promotion des plombiers du numérique. Durant 3 mois, ils vont suivre des cours de remise à niveau et de connaissance du monde de l'entreprise, en parallèle d'une formation technique spécifique : travail du câble, raccordement, soudure, mesure, travail aérien et souterrain. Le tout en alternance. Une fois formés, ils pourront postuler aux offres d'emplois des entreprises du numérique. Notamment le déploiement de la fibre optique sur la Métropole de Lyon car le secteur manque de main d'oeuvre et prévoit de créer 2500 postes pour assurer la couverture du territoire en internet à très haut débit. Une action partenariale L'objectif est de permettre à des jeunes déscolarisés, sans expérience ou éloignés de l'emploi, d'intégrer le cursus pour commencer une carrière dans le domaine du numérique. Dès 2019, 50 jeunes seront suivis par an. Les partenaires du projet participent activement à la sélection des jeunes, à leur accueil en stage ou aux visites de chantier. La Métropole de Lyon s'engage pour l'insertion Le soutien à l'École de la Deuxième Chance et aux plombiers du numérique s'inscrit dans le cadre du PMI'e (Programme Métropolitain d'Insertion pour l'Emploi). À l'issue de leur formation, les jeunes pourront notamment s'appuyer sur la nouvelle Maison métropolitaine d'insertion pour l'emploi, ainsi que sur les CLEE (chargés de liaison entreprises emploi). Ces deux dispositifs facilitent les liens et les rapprochements entre les entreprises et les demandeurs d'emplois éloignés du monde du travail. Le déploiement de la fibre optique fait partie des formations dispensées par l'école des plombiers du numérique© DR services associés en savoir plus
  • Sarah Bouteldja, la décrocheuse devenue manageuse
    19 novembre 2018
    « Après mon bac, je me suis dit : il faut prendre des risques ! Visiblement les miens ont payé... » Sarah Bouteldja, 23 ans, bac pro en alternance, mention très bien, a aujourd'hui sous sa responsabilité une vingtaine de conseillers chez GRDF Caroline Pain / Le MondeAssise à la terrasse d'un restaurant parisien en cette fin d'après-midi de juillet, Sarah Bouteldja remonte le temps. A la recherche de souvenirs. La trentenaire prend conscience du chemin parcouru. Lorsqu'elle l'évoque, on a l'image d'une route sinueuse, semée d'embûches, mais qui ne l'a pas empêchée de devenir ce qu'elle est et de « suivre une voie qu'elle avait elle-même choisie », comme le résume sa tante.Avant de trouver cette voie, Sarah a eu une période un peu « rebelle », selon ses mots. Après qu'elle a redoublé sa classe de 4e, sa mère décide de l'inscrire en 3e « insertion professionnelle » dans un collège privé de Nantes, où elle vit depuis sa naissance. Sarah obtient ensuite un BEP secrétariat « sans trop d'efforts », se souvient-elle, avant de poursuivre vers un bac professionnel dans le même domaine. « Mais je pensais plus à sortir avec mes copines... En cours, je me laissais porter, je n'avais pas de vocation particulière. » Flavie, une amie de longue date, confirme : « Pendant le bac pro, elle allait rarement en cours, elle n'avait pas encore pris conscience de l'importance des études pour la suite. » Le décrochage A ce moment-là, Sarah quitte le domicile familial pour vivre chez les parents de son compagnon de l'époque. De fil en aiguille, elle finit par décrocher complètement et cherche autre chose. Elle s'essaie d'abord à un autre bac professionnel, en alternance, dans la vente cette fois-ci. Mais elle déchante rapidement et abandonne avant de l'obtenir. Malgré une autre formation, proposée par le conseil régional, dans la vente également, un peu plus concluante cette fois, elle ne parvient pas à travailler dans une boutique du centre-ville de Nantes, comme elle aurait aimé. La jeune femme de 20 ans trouve alors un emploi en tant que téléprospectrice. Elle y découvre la réalité d'un monde où prime la performance. « Nos chiffres étaient affichés devant tout le monde, celui qui faisait les meilleurs était récompensé, le moins bon partait passer un sale quart d'heure avec le chef », raconte-t-elle. Elle y travaille deux ans, s'investit pour obtenir un contrat à plein temps. Jusqu'au déclic. Martine Bouteldja, sa tante, s'en souvient très bien : « Un jour elle m'a appelée, catastrophée, avec une seule phrase à la bouche : "Je vais finir comme elles"... » « Elles », ce sont les collègues de Sarah. Sans les dénigrer, la jeune Nantaise se rend compte que les perspectives d'évolution sont faibles. En plus de cela, au même moment, elle se sépare de son compagnon après une relation de plus de quatre ans. « Je me suis retrouvée au chômage, en sous-location après ma rupture. J'avais plus rien, j'étais face à moi-même. Je me suis dit que c'était le moment de me reconstruire. Il fallait bien que je me raccroche à quelque chose, que je vise plus haut. » Le déclic salvateur A 22 ans, Sarah opère un virage à 360° et retourne sur les bancs de l'école. Elle vise cette fois un bac professionnel en alternance. « Elle avait expérimenté le monde professionnel, et surtout l'indépendance financière, je pense qu'elle voulait continuer », raconte son amie Flavie. A plusieurs reprises, quand Sarah évoque cette période, elle dit s'être « réveillée ». La jeune femme envoie de nombreuses candidatures. La filiale d'Engie chargée de la distribution de gaz, GRDF, la rappelle. Elle passe l'entretien pour être conseillère clients, et est reçue. Débute alors une vie partagée entre Nantes, où elle travaille, et Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), où se trouve l'établissement partenaire de GRDF et où Sarah s'inscrit en bac professionnel accueil-relations clients et usagers. Malgré le décalage avec ses camarades, plus jeunes, qui se fait parfois ressentir, et la vie dans une petite ville rurale éloignée de ses proches, elle s'investit beaucoup. « Quand elle révisait, elle était à fond, même si on lui proposait des sorties », se remémore Flavie. Résultat, elle valide son bac mention très bien ! « J'ai conscience que j'ai eu beaucoup de chance, que j'ai été bien entourée, dit-elle. Il n'y a pas eu que des moments faciles, mais c'est une énorme fierté d'avoir décroché ce bac. » En prime, GRDF lui propose de l'embaucher. Cette fois-ci, au lieu d'une voie toute tracée qu'elle n'a pas choisie, Sarah a face à elle un carrefour : deux chemins s'offrent à elle. Elle choisit de renoncer au CDI et de poursuivre ses études. Sur les rails d'un nouveau projet La voici sur les rails d'un nouveau projet : obtenir une licence pour pouvoir prétendre à des postes plus épanouissants. Avec l'aide de sa tante, conseillère d'orientation, elle trouve l'école Vaucanson à Paris, qui propose à des titulaires de bac pro sélectionnés sur dossier et tests de réaliser une licence en alternance. « J'ai lu le descriptif de l'école sur Internet et j'ai su que c'était fait pour moi », tranche Sarah. Quand elle a appris qu'elle était prise, ce fut un grand moment d'émotion pour elle, ainsi que pour sa mère et sa tante qui l'avaient accompagnée. « Elle a réalisé à cet instant-là que ses efforts avaient payé », constate Martine. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Vaucanson, l'école « magique » qui fait réussir les bacheliers professionnels Sarah intègre ainsi la licence management de l'école, où elle découvre une nouvelle pédagogie par projet dans un groupe de 13 étudiants. En parallèle, grâce à la bonne impression qu'elle a laissée après son bac pro, GRDF lui propose un poste d'alternante à Paris. Marion Flament, sa tutrice dans l'entreprise, se souvient d'une jeune femme sans cesse en quête d'informations nouvelles pour parfaire ses compétences : « Au départ, elle avait du mal à assumer le rôle managérial qu'on lui avait confié, elle ne se sentait pas forcément légitime. Mais elle a fait un gros travail sur ça et l'évolution a été significative. » « Il faut donner de la valeur au chemin parcouru, même si j'aurais parfois voulu me réveiller plus tôt. » Aujourd'hui, Sarah travaille toujours chez GRDF. A la suite de son alternance, elle a continué au poste de conseillère clientèle senior, puis a été promue animatrice de plateaux. Autrement dit, elle a sous sa responsabilité une vingtaine de conseillers. Elle a même été la tutrice d'une salariée. Sabrina Chatenet, sa responsable actuelle, a d'ailleurs été impressionnée par son investissement auprès de sa tutorée. Pour Sarah, c'est une preuve certaine d'accomplissement. « Il faut donner de la valeur au chemin parcouru, même si j'aurais parfois voulu me réveiller plus tôt, quand je vois où je suis aujourd'hui... » Alors, même si aujourd'hui Sarah est une jeune femme accomplie, selon ses proches, sa route ne s'arrête pas là. Sabrina Chatenet la voit monter les échelons. Sa tante en est également persuadée : « Elle n'en est qu'au début. » Lire aussi : Portrait de Victor François : du bac techno à Polytechnique Lire aussi : Portrait de Cyril Tchanon : l'enfant de la cité devenu avocat Lire aussi : Portrait de Marvin Chatillon : la lutte contre le handicap du futur ingénieur Caroline Pain Voir les réactions
  • A Grenoble, La Bouture risque d'abandonner sa lutte contre le décrochage scolaire
    19 novembre 2018
    La Bouture, créée à Grenoble dès 1996, lançait l'alerte à l'époque sur l'ampleur et l'importance sociale du décrochage scolaire. La Bouture portait ainsi le projet de création du CLEPT, le "Collège Lycée Elitaire Pour Tous" qui re-scolarise des décrocheurs depuis 1999 à La Villeneuve de Grenoble. Avec succès.Mais aujourd'hui, après 25 ans d'action, La Bouture vient de décider, "pour raison économique et pour sauver l'association, de se séparer de ses 3 salariés, afin de pouvoir éviter une liquidation judiciaire."La Bouture déclare se trouver devant une "impasse financière" :"la pluri-annualité des aides que nous sollicitons n'est pas au rendez-vous (...) une aussi petite association s'éreinte auprès de chaque financeur (nous en comptons une bonne dizaine), y compris les fondations, à éclater en une multitude de mini-projets, chacun soumis à multifinancements, ce qui relève de la cohérence globale de son engagement. "Un problème financier et politique "La Région Auvergne-Rhône-Alpes qui a en charge de coordonner les plateformes de suivi des jeunes en rupture d'école, développe une stratégie de « circuit court vers l'emploi » : insérer dans l'entreprise, pour seulement ensuite les former, lorsqu'ils y auront appris à vivre !" dénonce l'association dans son long dossier de presse qui sonne comme un cri d'alarme."Face au grand nombre des jeunes en rupture avec l'école et sans activité ; c'est également tous horizons politiques et institutionnels confondus, qu'est privilégié comme solution le circuit court vers l'emploi ; à tel point que parmi les acteurs qui les accompagnent, nous nous trouvons bien seuls à introduire parmi «les possibles» et en en balisant le chemin un retour en scolarité donnant accès au baccalauréat."La Bouture, l'une des multiples associations françaises qui remplissent une mission de service public sans en avoir forcément les moyens, interpelle les pouvoirs publics et financeurs :"S'il vous plait, ne transformez pas l'action associative, qui procède d'un engagement citoyen et du fait même tout autant politique, en une addition de micro-projets toujours à reconsidérer, nous assimilant à des prestataires rôdés à la mise en concurrence par le jeu des consultations.Ceci s'assimile à une « vente à la découpe » de ce qui procède de la cohérence globale de notre projet associatif !" Le témoignage d'une des 3 salariées licenciées par La Bouture cette semaineIntervenante : Caroline Bernard, salariée La Bouture Equipe : I. Guyader, J. Guéant 1289 appels téléphoniques reçus en 2017La Bouture assure le suivi des jeunes décrocheurs, les informe, les oriente, les soutient dans un parcours souvent chaotique. Les réconcilier avec l'école n'est pas une mince affaire !En 2017, l'association a reçu 1289 appels. 966 en provenance de jeunes et leurs familles, 323 de la part de professionnels. 389 appels venaient d'en-dehors de l'Isère. Et 98 hors de la région AURA. La Bouture a mené en 2017 des actions de formation pour 186 personnes, organisé 99 conférences, accompagné des projets territoriaux pour 204 personnes. La Bouture en veille jusqu'en janvier 2019 Dans un document complémentaire, l'association liste ses difficultés. Parmi lesquelles : la subvention de l'Education Nationale divisée par trois et pas renouvelée, le dossier pour la Région AURA à réécrire en urgence, la perte de 6 000 euros sur des financements Métropole de Grenoble sans convention... La Bouture affirme ne souhaiter fustiger personne parmi ses financeurs. Il s'agirait d'une "convergence dans l'espace-temps (décalages de décisions et baisses des fonds attendus) qui transforme une zone de risque en catastrophe".L'association rappelle pour finir que ses locaux, mis à disposition par la Ville de Grenoble, sont essentiels pour permettre la survie de l'association et un point de contact efficace pour les jeunes et les parents et les éducateurs.[embedded content] A Grenoble, La Bouture risque d'abandonner sa lutte contre le décrochage scolaire Intervenants : Laura Noezian Présidente (bénévole) de la Bouture, Caroline Bernard Salariée de la Bouture, Christian Dupré Co-fondateur et vice-Président de la Bouture Equipe : I. Guyader, J. Guéant
  • Formation : l'exemple gagnant des écoles de production
    19 novembre 2018
    Des odeurs d'essence et de caoutchouc chatouillent les narines. Les voitures vont et viennent. Des hommes poussent des pneus, à la main, sur un parking au revêtement abîmé. Leur conversation se mélange aux sons des moteurs et des compresseurs. L'entrée du bâtiment est séparée en plusieurs espaces. À gauche, une boutique et une salle d'attente. À droite, un bureau. Derrière, un atelier de réparation. Installé au fond de son siège, Jacques, la cinquantaine et le crâne dégarni, répertorie les commandes et planifie les livraisons. Bref, un garage ordinaire. Ou presque. Ici à Dole, dans le Jura, ce sont des élèves qui entretiennent les véhicules. C'est le principe des écoles de production. Un concept ancien Le concept est ancien : le premier établissement a ouvert en 1882. Mais le développement est récent : 25 structures sont désormais labellisées par la Fédération nationale des écoles de production (FNEP), alors qu'il n'y en avait qu'une dizaine jusqu'aux années 2000. « Il y a eu une prise de conscience autour du décrochage scolaire et une profusion des dispositifs hors contrat ", explique Corentin Rémond, délégué général de la FNEP. L'idée consiste à proposer une offre complémentaire au secondaire, entre le Centre de formation d'apprentis et le lycée professionnel. « Les élèves vendent de vrais produits à de vrais clients, sans faire de concurrence déloyale ", ajoute-t-il. Le tout dans un environnement plus protecteur que celui d'une véritable entreprise. Chaque année, environ 100.000 jeunes quittent l'école sans diplôme en France, selon le Conseil national d'évaluation du système scolaire. Les écoles de production leur sont destinées. Secteurs en tension A Dole, le sort réservé aux gens du voyage a poussé Jean-Yves Millot, enseignant dans le primaire, à agir. « Avec ma femme Annie, enseignante auprès de cette communauté, nous nous sommes rendu compte que la plupart d'entre eux ne vont pas au collège, raconte le directeur de l'école. Ce n'est pas normal. Nous avons donc voulu leur créer un lieu de formation. » L'association Eccofor - pour écouter, comprendre et former - est née en 2012. Puis l'école de production Juralternance s'est organisée autour de deux filières entièrement gratuites : pneus et services, d'un côté, métallerie, de l'autre. Deux secteurs dans la liste des secteurs en tension en Bourgogne-Franche-Comté. Le lancement d'un tel établissement n'est possible qu'à partir du moment où il y a un réel besoin de main-d'oeuvre sur un territoire. Le Jura manque de mécaniciens et de soudeurs. L'Indre d'agents de restauration, la Haute-Garonne de chaudronniers, la Loire-Atlantique d'électriciens... Dans tous les cas, il n'y a aucun critère scolaire de recrutement. Apprendre avec ses mains « Seule la motivation compte. Il n'y a pas de notes, ni de conseils de classe ", souligne Jean-Yves Millot. L'objectif : apprendre un métier avec ses mains. « Nous faisons des choses à l'atelier et nous corrigeons les erreurs en cours », résume le directeur. Un tiers de la semaine est consacré à la théorie et deux tiers à la pratique. Des enseignants bénévoles et des maîtres professionnels encadrent les élèves, qui ont entre 16 et 20 ans. En cette matinée ensoleillée de mars, Maxime, 16 ans, et Ismaël, 17 ans, travaillent au garage. Dans leur cotte grise à bretelles, ils vérifient des pneus récupérés dans un centre de tri pour les remettre en état. Ils s'entraident en s'amusant. La bonne humeur se mêle à la rigueur. « Ils sont épanouis ", témoigne Rodolphe, leur maître professionnel, entre deux conseils. Seconde chance Ce n'était pas gagné d'avance. En particulier, pour Maxime. Ce Dolois a été assidu de la maternelle au CM2, avant de décrocher et d'être dirigé vers des classes spécialisées. Comme il a toujours aimé avoir les mains dans le cambouis, un ami lui a suggéré d'aller à Juralternance. « Je suis attiré par la mécanique depuis tout petit, alors ça me plaît d'être ici ", avance-t-il d'une voix timide, le sourire au coin des lèvres. Il est heureux d'avoir trouvé sa voie, à l'image d'Ismaël, originaire de Guinée. Après avoir arrêté l'école en primaire, ce dernier est arrivé en France en juin 2017. Sa rencontre avec Jean-Yves Millot l'a relancé. « Je le considère comme un père ", lâche l'adolescent, les yeux embués. Professeur à la retraite A une dizaine de kilomètres de là, dans une pépinière d'entreprises, leurs collègues du cursus de métallerie sont réunis à l'atelier. Trois d'entre eux passent un test. Ils ont sept heures pour réaliser un portillon. Chacun est à son poste, concentré et appliqué. Seul le bruit des outils et des machines brise le silence. Equipés de casques, de gants et de lunettes de protection, certains découpent et soudent des pièces. Les autres, crayon à la bouche et règle sous le bras, dessinent des plans sur des feuilles. Régis les accompagne dans leur tâche. Disponible six heures par semaine, ce professeur à la retraite fait partie de la trentaine d'enseignants bénévoles. Il adapte ses consignes en fonction du niveau de chacun. « Même s'ils ont des lacunes, nos jeunes ont la niaque. C'est le plus important », estime-t-il. Esprit de coopération Le reste de l'effectif est rassemblé à l'étage pour une leçon de français-technologie. Dans une petite salle, où des planisphères sont affichés sur les murs, Annie, enseignante, et Océane, en service civique, reviennent sur le vocabulaire spécifique du métier. Les jeunes mesurent des pièces en métal et indiquent les données dans un tableau. Rhaman a du mal. Ce Bangladais peine, en plus, à s'exprimer en français. Il n'ose pas demander un morceau de tissu pour essuyer son ardoise. Kader, un de ses camarades, intervient. Il lui fait répéter le mot « chiffon " jusqu'à ce qu'il le prononce bien. Les rires fusent. Cette coopération incarne l'esprit de Juralternance. « Nous préférons la cohésion à la compétition », atteste Jean-Yves Millot. Le directeur se souvient de Dimitri, un ancien élève qui ne bougeait plus de son canapé. Il a repris confiance en lui ici. Il a décroché son diplôme avec 17 de moyenne, est aujourd'hui en terminale et s'oriente vers un BTS. « Nous ne l'avons pas changé intellectuellement, il lui fallait juste ce déclic. " Des clients séduits Dylan, en métallerie, était dans la même situation lors de son inscription. « Il n'acceptait pas d'être photographié pour notre site lors de visites d'usines, se rappelle Jean-Yves Millot. Il avait une terrible image de lui. " La présence d'un appareil photo dans l'atelier ne le dérange plus. Les clients sont séduits par la démarche. Lorsqu'il a commencé à fréquenter le garage, Cyril Arnoud avait tendance à ne confier que ses vieux véhicules. « J'ai vite compris que c'était absurde, car les services rendus sont de qualité », rigole, avec le recul, ce chef de projet informatique de 54 ans, devenu membre de l'association depuis. Et d'ajouter : « Il y a une grosse plus-value sociale. Les jeunes sont lancés sur la voie de la réussite. " Taux de réussite de 93 % Les écoles de production ont fait leurs preuves. Le taux de réussite aux examens est de 93 % selon la FNEP. A Dole, les six candidats ont obtenu leur CAP de serrurier métallier en 2017. Parmi eux, Falikou, 20 ans, a été récompensé de ses efforts. Des problèmes de compréhension ont longtemps freiné la progression de ce Guinéen, installé en France depuis décembre 2014. « J'ai de suite accroché au concept, rembobine-t-il. Je ne les remercierai jamais assez. " Depuis septembre, il est salarié en CDD chez Parrot, un fabricant d'objets en fil métallique. Il pilote un robot qui soude 350 pièces par jour. Son contrat de quatre mois a été renouvelé jusqu'en juin prochain. « Je fais ce que j'aime, affirme-t-il avec entrain. On m'a d'ailleurs promis un CDI. " Pas de statut scolaire En général, les élèves qualifiés n'ont pas de mal à se faire embaucher. Ravoyard, une société de constructions métalliques, téléphone régulièrement à Juralternance. Les patrons cherchent des ouvriers en permanence. Les écoles de production sont un rempart crédible contre le chômage des jeunes. Pourtant, elles ne sont pas reconnues juridiquement, ce que la loi « Avenir professionnel " en cours d'examen au Parlement va changer. Un frein qui empêche les élèves de bénéficier d'un statut scolaire. Ils n'ont accès ni aux bourses, ni aux cantines, ni aux transports. « Nous n'avons le droit à rien de la part de l'Etat, regrette Corentin Rémond, de la FNEP. C'est au bon vouloir des collectivités. " Huit nouveaux établissements A Dole, Juralternance dépend à 60 % de la vente directe aux clients. La région participe à hauteur de 15 % du budget, complété par la taxe d'apprentissage et des subventions diverses. La réforme de l'apprentissage pourrait faire bouger les lignes. La FNEP espère qu'elle permettra d'élargir le réseau : 750 à 800 élèves sont actuellement inscrits dans les écoles de production. Huit nouveaux établissements ont prévu d'ouvrir à la rentrée prochaine. « Il y a un potentiel d'accueil de 4.000 à 5.000 jeunes », évalue Corentin Rémond. La route est encore longue. Juralternance montre le chemin à suivre. Reportage de Simon Bolle, prix Ajis 2018, Ecole publique de journalisme de Tours.
  • Décrocher son autonomie... et un métier
    19 novembre 2018
    Jessy Damour connaîtra une sortie positive le 20 août. Comprendre que la jeune femme quittera l'établissement pour l'insertion dans l'emploi (Epide) de Meyzieu pour rejoindre l'école Aries qui, à Lyon, forme à la 3D.Une sortie positive signifie, pour tous les jeunes aux parcours très divers et qui intègrent la structure d'insertion, la concrétisation de leur projet. Celui de Jessy est de devenir animateur 3D. « L'Epide nous permet de devenir autonomes, plus matures et de trouver un métier », résume la jeune femme, qui a passé dix mois à Meyzieu.15 % ont un projet DéfenseÀ ses côtés, mercredi, lors d'une rencontre avec le préfet du Rhône, Stéphane Bouillon, Zayere, 23 ans, se destine à devenir conducteur routier dans les matières dangereuses. D'autres se préparent à intégrer des formations de développeur web, d'éducateur sportif ou encore à rejoindre l'armée.« 15 % de nos jeunes ont un projet Défense », souligne Bruno Fernandes, nouveau directeur de l'Epide de l'est lyonnais, tout en rappelant que « l'Armée est l'un de nos partenaires importants, du fait aussi de notre histoire ».Les établissements pour l'insertion dans l'emploi ont, en effet, été créés par le ministère de la Défense en 2005. Objectif : répondre aux problématiques d'une partie de la jeunesse (décrochage scolaire, discriminations, chômage, éclatement familial, etc.) en hébergeant et en accompagnant des jeunes de 18 à 25 ans, volontaires pour intégrer la structure d'inspiration militaire. Levée des couleurs et port d'un uniforme n'empêchent pas un accompagnement bienveillant et surtout personnalisé, pour permettre au plus grand nombre 95 % y parviennent , de décrocher un emploi ou une formation. « 30 % de ceux qui intègrent les lieux ont été orientés par Pôle emploi et la Mission locale, 10 % l'ont été à l'issue de la Journée citoyenneté et 60 % par le bouche-à-oreille », détaille Alexandre Serpaud, chargé du recrutement des volontaires.Lors de sa visite, les jeunes ont pu questionner le préfet. « Que pouvez-vous faire pour nous ? », a demandé l'un d'eux. Donner des moyens à l'Epide et des coups de pouce sur des dossiers précis, a été sa réponse. Il y a quelques mois, l'un des objectifs fixés à l'Epide par l'État était d'accueillir davantage de jeunes issus des quartiers "Politique de la Ville". « Comme ils voient qu'on réussit, nos copains veulent nous rejoindre », a souligné, mercredi, un jeune de ces quartiers.Pratique Centre de Lyon-Meyzieu, 12, rue Gustave-Eiffel. Tél. 04.27.02.21.60. www.epide.fr > Retrouvez toutes nos rubriques dans Lifestyle.
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