Stéréotypes de genre : quel impact sur l'orientation ?
Dans le champ de l’orientation les stéréotypes ont la vie dure et viennent perturbés les choix d’orientation des jeunes. Les représentations sexuées des disciplines scolaires continuent de freiner une mixité réelle dans les choix de parcours d’orientation et d’études : « le français c’est pour les filles, et les maths pour les garçons ».
Comment mesurer une stéréotypie de genre ?
La Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a publié en mai 2026 la note d'information "Les stéréotypes de genre et perspectives d’orientation des élèves de seconde générale et technologique."
Celle-ci s’appuie sur une enquête réalisée sur un échantillon de 5 000 élèves de seconde générale et technologique. L'objectif étant de mesurer la stéréotypie de genre à l’aide d’un indicateur synthétique développé par le Lapsco (le Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive - Université Clermont Auvergne).
Cet indicateur a mis en évidence que 3/4 des élèves présentent une stéréotypie de genre significative.
Les effets des stéréotypes de genre
Les stéréotypes de genre orientent les jugements des jeunes et l’évaluation qu’ils font des autres personnes.
Stéréotypes, genre et matières d’enseignement
L’étude révèle que les élèves de seconde générale et technologiques interrogés perçoivent les garçons plus aptes que les filles à réussir dans les matières scientifiques et technologiques, en numérique et sciences informatiques ainsi qu'en sciences de l'ingénieur et la probabilité de réussite est encore plus forte dans le domaine du sport.
Et à l’inverse les filles sont perçues plus aptes à réussir dans les matières littéraires et artistiques et ceux-ci quelques soit leur genre.
Stéréotypes et pronostic de réussite
Ces préjugés ont un impact dans tous les milieux sociaux, ils affectent directement la confiance en soi.
L'étude révèle un "biais de confiance" : les élèves s'attribuent presque toujours une probabilité de réussite inférieure à celle qu'ils accordent à leurs pairs du même sexe.
Ce manque de confiance est plus prononcé chez les filles. Par exemple, dans les filières universitaires à dominante Langues (LLCE), les filles estiment que les « filles » ont 71 % de chances de réussir, mais quand on leur demande d’estimer leur propre réussite, elles ne s'accordent à elles-mêmes que 47 % de probabilité de succès.
Plus une fille adhère aux stéréotypes de genre, moins elle se sent capable de réussir dans les spécialités scientifiques, et ce, même si elle a choisi cette spécialité.
À l’inverse, les garçons expriment une confiance en eux-mêmes nettement plus élevée dans les spécialités scientifiques et technologiques.
Stéréotypes et milieux sociaux
Contrairement aux idées reçues, les stéréotypes ne faiblissent pas dans les milieux les plus favorisés.
Dans la voie générale, la proportion d'élèves en stéréotypie extrême est la plus forte dans le quatrième quintile de l'Indice de Position Sociale (52 %), contre 45 % dans le milieu le moins favorisé.
L'absence de stéréotypie reste minoritaire partout, oscillant seulement entre 11 % et 15 % selon l'origine sociale.
Pour conclure même l’accompagnement à l’orientation est une affaire genrée. De gros écarts apparaissent aussi entre garçons et filles dans l’intensité de l’aide reçue de la part de leur famille. Ce sont souvent les mères qui accompagnent les jeunes sur le volet éducatif et en matière d’orientation.
Pour aller plus loin
- Accéder à l'actualité "L'orientation des filles vers les carrières scientifiques"
- Télécharger l'étude complète dans la note d’information de la DEPP (mai 2026)
- Lire "Lutter contre les stéréotypes de genre dans l’orientation" de CPE et Vie scolaire (Académie de Grenoble)
- Lire "Orientation scolaire : quand les stéréotypes influencent encore les choix" d'Elles bougent.
Écouter le podcast réalisé par Via Compétences "Métiers et stéréotypes de genre : ouvrir le champ des possibles"
Épisode 18 - Métiers et stéréotypes de genre : ouvrir le champ des possibles
00:00:01 Générique
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00:00:16 Extrait humoristique – La représentation des femmes dans les médias - Léa Salamé/Paul Lapierre - La collab' de l'info
Léa Salamé
Je suis une fille, j'adore le rose et j'adore jouer à la poupée. Alors qu'en fait, je déteste le rose.
Paul Lapierre
Moi je suis un garçon donc forcément j'aime le sport et la baston quoi.
Léa Salamé
Ouais.
00:00:26 Magali TOURNON (Animatrice)
Existe-t-il des métiers genrés ? Et si nos choix professionnels n'étaient pas aussi libres qu'on le pense ? Aujourd'hui, on parle stéréotypes de genre, ces idées toutes faites qui influencent l'air de rien, nos parcours scolaires, nos envies de métier et même nos reconversions. Des pros de l'orientation, de la formation et de l'emploi agissent sur le terrain pour bousculer tout ça. On en parle aujourd'hui aux côtés de nos deux invités, Claudina LOBOS, Coordinatrice service-emploi au Centre d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles, le CIDFF de l'Ain. Et Bastien METRAT, Psychologue de l'éducation nationale et Directeur du Centre d'Information et d'Orientation, le CIO d'Yssingeaux. Bonjour à tous les deux.
00:01:08 Bastien METRAT (Intervenant)
Bonjour.
00:01:08 Claudina LOBOS (Intervenante)
Bonjour Magali.
00:01:09 Magali
Voici comment nous pourrions définir un stéréotype de genre. Un stéréotype de genre, c'est une idée toute faite sur ce qu'un garçon ou une fille est censé faire, aimer ou devenir. Et souvent, ça influence nos choix, sans même qu'on s'en rende compte. Et ça commence très tôt, notamment au moment de l'orientation scolaire. Bastien, dans ton accompagnement au collège ou au lycée, comment observes-tu l'impact de ces stéréotypes sur les choix d'orientation des jeunes ?
00:01:33 Bastien
Alors, en réalité, les stéréotypes de genre s'ancrent dès l'enfance. On perçoit justement une différence entre les filles et les garçons dès le CP, car dès le plus jeune âge, les filles et les garçons sont exposées à des attentes sociales différentes. Hors, les garçons, on dit souvent qu'ils peuvent être, alors de façon caricaturale, associés à la rationalité, à la logique, à la technique, tandis que les filles sont plus perçues comme douces, empathiques, tournées vers les métiers du soin par exemple. Ces stéréotypes sont véhiculés par la famille, par l'école, par les pères, par les médias aussi. Et ils influencent progressivement la perception que les jeunes se font d'eux-mêmes. Et ils intègrent finalement une représentation erronée de leurs propres compétences et de ce qui leur serait naturellement destiné, en quelque sorte. Donc ça renvoie à l'orientation. Tout se déroule finalement inconsciemment, tant pour les jeunes qui sont victimes de ces déterminismes que pour les acteurs de l'éducation. Et je vous donnerai un exemple à l'entrée dans l'enseignement supérieur. Les jeunes qui y vont sur les études d'ingénieur ou du numérique, seulement 25% sont des filles et ces chiffres ne bougent pas depuis une vingtaine d'années.
00:02:53 Magali
Comment agissez-vous concrètement pour ouvrir le champ des possibles ?
00:02:41 Bastien
Alors en tant que psychologue de l'éducation nationale, notre outil de prédilection c'est l'entretien psychologique avec les jeunes. Et dans ce cadre-là, on essaye d'aiguiser en tant que professionnel notre acuité pour déceler, je dirais, les déterminants de l'orientation. Et déconstruire avec les jeunes finalement ces stéréotypes. Alors qu'ils soient genrés, mais pas uniquement, sociaux, culturels et autres. On peut exposer les jeunes à des modèles contre-stéréotypés. Par exemple, une jeune fille, on va lui présenter une vidéo d'ingénieur femme. L'enjeu, c'est de favoriser l'émancipation dans l'élaboration du projet d'avenir. On peut aussi accompagner le jeune dans des démarches métacognitives, c'est-à-dire une posture réflexive qui permette de prendre conscience des processus, à la fois de comment on arrive à mieux se connaître. Comment est-ce qu'on arrive à évaluer sa personne ? Comment est-ce qu'on arrive cognitivement à prendre des décisions ? Et comment les stéréotypes agissent à ce niveau-là ? On agit aussi en tant que psychologue en amont, ces moments-là, via des ateliers groupaux de prévention, en quelque sorte, en utilisant principalement les référentiels autour de la promotion des compétences psychosociales. L'idée, c'est de forger l'esprit critique, c'est de développer une évaluation de soi, une connaissance de soi positive, qui se libère progressivement des injonctions sociales, justement.
00:03:56 Magali
Ces représentations de genre sont ancrées dès le plus jeune âge et nous suivent tout au long de notre parcours professionnel. Cela peut s'avérer particulièrement vrai pour certains publics. Claudina, en tant que coordinatrice service-emploi au CIDFF, j'aimerais que tu nous fasses part de tes expériences dans l'accompagnement des femmes, en particulier lors de leur reconversion professionnelle. Quels freins reviennent souvent quand une femme envisage une reconversion ?
00:04:18 Claudina
Déjà en préambule, j'aimerais partager un constat de terrain, c'est que je n'ai que très rarement des femmes qui arrivent avec un souhait de reconversion dans un métier peu féminisé. Elles arrivent le plus souvent avec une envie d'élaboration d'un projet professionnel. Et donc, cette ouverture déjà qu'elles peuvent avoir nous permet d'élargir le champ des possibles. J'ai simplement le souvenir d'une femme qui avait le souhait de devenir grutière. J'ai peut-être un cas par an. Donc, c'est dire. Alors, les freins qu'on peut rencontrer pour ces femmes qu'on accompagne, c'est le manque de confiance en elles, donc elles ne se permettent pas d'envisager les possibilités. De là, ce manque de confiance, on arrive sur de l'autocensure aussi, puisqu'elles n'envisagent pas, donc elles ne se permettent pas d'y penser. Et aussi un constat qu'on fait, c'est la méconnaissance des métiers existants. Et notre métier, nous, de conseillers emploi-formation et de conseillers en insertion professionnelle, va être de leur faire savoir que des métiers et d'autres métiers existent pour lesquels elles peuvent envisager une formation. Donc ce travail-là, ça va être un travail de culture de l'entreprise.
00:05:20 Magali
Comment vous accompagnez ces femmes pour dépasser ces freins, justement ?
00:05:24 Claudina
Alors, vu qu'un des premiers freins va être celui qu'elles ont en tête, on va vraiment travailler sur la prise et la reprise de confiance en elles. Puisque parfois, elles ont eu un parcours personnel et familial qui ont entravé cette prise de confiance en elles. Donc ça va être le premier travail à faire. On le fait, nous, au CIDFF de l'Ain, par des ateliers. On va les faire travailler en groupe et déconstruire ce qu'elles ont pu entendre ou intégrer aussi dans leur construction. Et on va reprendre avec elles leur histoire de vie. Donc le travail sur la confiance en elles va être la première des choses. Et nous, on aime beaucoup questionner aussi sur les choix de vie et les choix d'orientation qui ont pu être faits pour vraiment les questionner sur le rêve d'enfant qu'elles ont pu avoir. J'ai eu le cas comme ça d'une femme qui avait voulu être monitrice d'auto-école. Bien finalement, ça a pu se faire mais c'était quelque chose qui était très, très enfoui en elle.
00:06:14 Magali
Et ça me permet d'enchaîner. Est-ce que tu aurais un exemple d'un parcours atypique réussi ?
00:06:19 Claudina
J'ai eu le cas d'une femme qui avait vécu un parcours migratoire avec laquelle j'ai pu visiter un centre de formation sur les métiers de la logistique. Et elle a eu un véritable coup de cœur, mais d'elle-même, elle n'aurait pas pu le verbaliser en me disant « ces métiers-là m'intéressent » puisque pour elle, ça n'existe pas et qu'on ne lui en a jamais parlé. Donc là, coup de cœur pour elle et le formateur avait été très bienveillant et qu'il l'avait rassuré en disant « mais ce n'est pas parce que vous n'avez pas de diplôme, que vous ne pouvez pas le faire. C'est un travail finalement de concert avec les acteurs de la formation, de l'insertion, de l'entreprise.
00:06:14 Magali
Je te remercie pour cet exemple très inspirant. Alors, on se demande souvent comment bien accompagner sans malgré nous renforcer ces stéréotypes. Ce qui m'amène à cette question pour vous deux. Claudina, Bastien, auriez-vous un outil ou une bonne pratique à partager à celles et ceux qui veulent agir au quotidien contre ces stéréotypes ?
00:07:11 Bastien
Alors, j'ai en tête l'outil « C’est cliché » pour justement travailler avec des jeunes, des adolescents sur leurs représentations, pour déconstruire justement ces représentations-là. Mais plus globalement, développer des bonnes pratiques nécessite d'avoir un retour d'expérience sur ce qui est profitable ou non. Et à ce titre, il y a Santé publique France qui a édité un guide en 2022, puis cette année, sur ce que les professionnels peuvent entreprendre dans le déploiement des actions de promotion des compétences psychosociales. Il est consultable en ligne et on peut retenir ce document quatre aspects. Le premier, c'est qu'il doit être ancré dans la durée. Il faut que ça soit implicatif, quasi expérientiel. Le jeune, il doit vivre des activités qui l'engagent. Ça doit mobiliser ce qu'on appelle la réflexion profonde. Et puis, le dernier point, c'est aussi de baigner dans un environnement qui soit raccord avec ce discours de lutte contre les stéréotypes. Si on renforce nous-mêmes dans nos façons d'être les stéréotypes, il y a une disharmonie qui va biaiser complètement l'action. Donc, il faut un cadre éducatif positif, soutenant et vigilant à l'encontre des stéréotypes de genre.
00:08:07 Claudina
Je te rejoins, Bastien. Effectivement, les stéréotypes, malgré tout, en étant professionnels, on peut être nous-mêmes dans le préjugé, dans les stéréotypes, pour plein de raisons. Et puis parce que l'humain a tendance à aller vers ce qui fonctionne. C'est vrai que ça demande d'avoir une posture et d'être dans la continuité. Par exemple, nous, dans l'Ain, on a un atelier comme ça auprès des professionnels. C'était déconstruire les préjugés et les stéréotypes de genre pour mieux accompagner. Ça fait toujours son petit effet en disant, mais mince, moi-même, je suis pleine de stéréotypes. Et voilà, c'est à nous de le faire au quotidien.
00:08:40 Magali
Et enfin, si vous deviez résumer en une phrase ou en quelques mots, ce qu'on doit retenir pour agir, ce serait quoi ?
00:08:48 Claudina
Je pense qu'il faut de l'audace, il faut oser, il faut se sentir assez en confiance pour oser découvrir. Moi, la posture que j'ai avec les femmes que j'accompagne, c'est de leur dire, allons faire une période de stage, allons découvrir, allons poser des questions et on fera le bilan après. Le fait d'avoir la possibilité de revenir en arrière, ça peut leur permettre de passer à l'action. Mais pourquoi pas ?
00:09:11 Bastien
Et moi, je dirais que c'est l'engagement du quotidien. Ça permet de redonner du sens à nos actions professionnelles. Voilà, je pense que c'est essentiel pour incarner des professionnels avec une vision, avec des valeurs.
00:09:23 Magali
Déconstruire les stéréotypes, ce n'est pas imposer de nouveaux modèles. C'est permettre à chacune et chacun de faire un choix libre, aligné et assumé. En tant que professionnels, nous avons un rôle essentiel pour ouvrir ces possibles, dès l'orientation et tout au long des parcours de vie. Un grand merci à nos invités pour leur partage d'expériences inspirants et à très bientôt sur le podcast Lampe de Poche.
00:09:46 Bastien
Merci.
00:09:46 Claudina
Merci Magali.
00:09:01 Générique
Vous accéderez aux infos pratiques et ressources liées à notre discussion du jour dans la description de cet épisode et en attendant de vous retrouver autour d'un prochain sujet. Nous vous invitons à nous suivre sur LinkedIn et sur notre site internet viacompetence.fr qui regorge d'infos et de pépites pour les professionnels de l'orientation, de la formation
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