Burn-out : comment accompagner sans sortir de son rôle ?

Une situation de souffrance au travail peut fragiliser la confiance en soi et rendre difficile la projection dans un nouvel avenir professionnel. Comment repérer ces difficultés et accompagner la personne dans la suite de son parcours, tout en restant dans son rôle ?

Publié le 5 novembre 2026

00:00:00 Alexis Plessiet (Animateur)

Une personne qui ne se projette plus dans son travail, qui doute de ses capacités ou qui envisage une reconversion après une période difficile… Derrière ces situations, il peut y avoir une souffrance au travail, parfois évoquée sous le terme de burn-out.

Alors, comment repérer ces difficultés ? Et surtout, comment accompagner la personne dans la suite de son parcours tout en restant dans son rôle ?

Aujourd'hui, on s'intéresse à la souffrance au travail, et plus particulièrement au burn-out, avec deux conseillères emploi-formation de la MIFE, la Maison de l'information sur la formation et l'emploi.

Avec nous, Myriam Kessouri, de la MIFE Loire Sud, qui accompagne notamment des salariés en situation de vulnérabilité, et Gwenaëlle CRAUET, de la MIFE Haute-Savoie, spécialisée dans les questions de burn-out.

Pour commencer, Myriam, on entend beaucoup parler de burn-out. Mais concrètement, qu'est-ce que ça recouvre quand une personne dit : « Je suis en burn-out » ?

00:01:04 Myriam Kessouri (Intervenante 1)

Alors, le burn-out, en version française, ça veut dire épuisement professionnel. C'est un épuisement qui va agir sur le physique, donc le corps, les émotions et le mental. Et ça va s'installer progressivement.

Tout ça, forcément, va avoir un retentissement important sur la personne, son rapport au travail et parfois sa vie quotidienne.

Donc, elle est épuisée physiquement et émotionnellement, elle a l'impression de ne pas être à la hauteur, d'être incompétente et elle va progressivement se détacher de son travail et adopter une attitude cynique à l'égard de son travail.

Pour un professionnel de l'accompagnement, le plus important, ce n'est pas forcément de déterminer si la personne est vraiment en burn-out, c'est plutôt d'entendre ce qu'elle cherche à exprimer derrière ce mot.

00:01:41 Alexis 

Et justement, est-ce qu'on peut parler de burn-out pour toutes les formes de souffrance au travail ?

00:01:45 Myriam 

Alors, ressentir du stress, être surchargé, subir du harcèlement ou être en conflit avec un collègue ou un supérieur, et aussi ne plus se sentir utile dans son travail, ce sont des situations de souffrance.

Mais ces situations ne sont pas forcément un burn-out. Il ne faut pas mettre trop rapidement une étiquette, mais essayer de comprendre ce qui fait souffrance dans la situation de travail.

00:02:05 Alexis 

Gwenaëlle, parfois, les personnes ne disent pas directement qu'elles vont mal. Alors, qu'est-ce qui peut nous alerter dans leur discours ou dans leur parcours ?

00:02:13 Gwenaëlle CRAUET (Intervenante 2)

Alors, il peut y avoir plusieurs signaux, voire même des changements. Du coup, il en existe 132 au total, ce qui invite le professionnel à approfondir sans pour autant chercher à diagnostiquer.

On peut aussi observer des changements dans la manière dont elle construit son projet. Une personne qui était auparavant très dynamique peut soudainement avoir beaucoup de difficultés à se projeter, à prendre une décision ou simplement à envisager une formation, parce qu'elle a peur de revivre des difficultés au travail et de revenir vers un environnement similaire à ce qu'elle a vécu.

Ou, au contraire, une volonté trop rapide de tout changer peut aussi nous mettre la puce à l'oreille.

00:02:43 Alexis 

Et cet épuisement professionnel, comment est-ce qu'il s'installe progressivement ?

00:02:47 Gwenaëlle 

Alors, l'épuisement professionnel ne survient généralement pas en une seule fois. Il peut être le résultat d'un processus qui s'installe progressivement.

Au départ, une personne peut être très investie dans son travail, elle accepte davantage de responsabilités, travaille plus longtemps, cherche à répondre aux attentes et peut parfois compenser pendant un certain temps une organisation du travail qui n'est pas adaptée.

Progressivement, les ressources de la personne peuvent s'épuiser, la récupération devient donc plus difficile, la fatigue s'installe, le travail prend de plus en plus de place et les difficultés peuvent commencer à avoir des conséquences sur la vie personnelle et la santé.

00:03:20 Alexis

Alors, quand on repère ces difficultés chez une personne qu'on accompagne, comment est-ce qu'on peut réagir sans sortir de notre rôle de professionnel ?

00:03:27 Gwenaëlle

Notre rôle n'est pas de soigner. En revanche, il est tout à fait possible de prendre en compte la situation de santé et de souffrance exprimée par la personne pour adapter l'accompagnement.

Cela peut vouloir dire ralentir le rythme, reformuler les objectifs, éviter de mettre immédiatement une pression supplémentaire sur la construction du projet.

Lorsqu'une personne vient d'être fortement fragilisée, lui demander immédiatement de définir un nouveau métier, de trouver une formation ou de reprendre une activité peut parfois être vécu comme une nouvelle injonction à réussir, alors que la personne n'a pas encore retrouvé assez de stabilité.

00:03:58 Myriam

Il y a quelque chose qu'on peut faire au niveau de l'accompagnement. Moi, ce que j'aime faire, c'est : « Est-ce que vous êtes prête ou pas ? Sur une échelle de 1 à 10, est-ce que vous vous sentez prête à travailler un projet professionnel ? » 

Et là, on voit, on essaye de jauger. Si la personne nous dit : « Moi, je suis à 5 », là, il y a un parcours de reconstruction à envisager.

00:04:14 Gwenaëlle

L'enjeu n'est pas de faire moins, mais de faire au bon moment. Et aussi de poser un cadre clair pour distinguer ce qui relève du projet professionnel et ce qui relève de la santé.

00:04:24 Alexis

Myriam, concrètement, à quoi peut ressembler un accompagnement qui aide une personne à reconstruire progressivement son projet professionnel ?

00:04:32 Myriam

Alors, on peut imaginer le parcours d'une personne qui arrive après un long arrêt de travail, avec beaucoup d'anxiété et de doutes sur sa capacité à retravailler et à retourner sur son poste.

Donc, au début, elle ne parle pas forcément de burn-out. Cette personne, elle est orientée vers la MIFE par la médecine du travail ou les services sociaux de la CPAM.

Elle va expliquer que son expérience professionnelle a été particulièrement éprouvante, qu'elle ne se reconnaît plus et qu'elle ne sait plus ce qu'elle veut faire.

Donc, ce qu'on propose, Gwenaëlle et moi, dans nos accompagnements au sein de la MIFE, c'est d'écouter la personne, de reprendre avec elle son parcours de vie, identifier ce qui a été fragilisé, mais aussi ses réussites.

On va aussi lister ses compétences, celles qu'elle veut retrouver, celles qu'elle ne veut plus retrouver dans son futur métier, celles qu'elle pourra transférer parce qu'il se peut qu'elle veuille rester dans son champ de compétences ou explorer d'autres pistes.

Donc, en travaillant les compétences, elle va reprendre confiance en elle parce qu'elle va découvrir qu'elle est riche de compétences.

Et nous, en fait, avec Gwenaëlle, on va travailler plutôt sur la cohérence du projet.

En parallèle, il peut y avoir un travail de coopération entre professionnels qui va être important pour sécuriser le parcours de la personne et voir si le projet est en accord avec son profil.

Je pense notamment aux acteurs de la désinsertion professionnelle, comme le médecin-conseil de l'Assurance maladie quand la personne est en arrêt maladie, les services sociaux de la CARSAT et de la CPAM, la médecine du travail, qui va solliciter l'entreprise d'origine, qui va aussi être associée à la réflexion.

Elle peut participer à la recherche de solutions de maintien dans l'emploi, d'aménagement de postes, de reclassement en interne ou de reprise progressive en entreprise lorsque cela est envisageable.

Elle va passer d'une logique de rupture à une logique de reconstruction.

Donc, elle va tester, par exemple, un métier en faisant une immersion. Elle va rencontrer des professionnels pour faire des enquêtes métiers, un organisme de formation.

00:06:20 Alexis

Au-delà de cet exemple, comment les MIFE accompagnent-elles ces personnes dans la construction de leurs projets professionnels ? Avez-vous une méthode particulière ?

00:06:27 Myriam

Alors oui, si cette personne est salariée, nous, on va accompagner des salariés dans l'élaboration d'un projet.

En général, nos orientations viennent de la médecine du travail ou des services sociaux de la CPAM, pour qu'on puisse travailler le projet professionnel à travers une méthode qui est propre à la MIFE, qui s'appelle la guidance professionnelle personnalisée, et qui est une méthode d'orientation axée sur la personne.

00:06:50 Alexis

Et si ce parcours passe par une formation, quel rôle peut jouer l'organisme de formation, notamment lorsque la personne choisit de parler de ce qu'elle a vécu ?

00:06:58 Myriam

Si la personne choisit d'en parler, ça va permettre à l'organisme de formation de mieux comprendre certaines difficultés et d'éviter de les interpréter trop rapidement comme un manque de motivation ou d'investissement.

L'organisme de formation peut partir d'une question très simple, demander à la personne : « De quoi avez-vous besoin pour pouvoir suivre cette formation dans de bonnes conditions ? »

Concrètement, ça peut changer la manière d'accueillir la personne, de clarifier les attendus, repérer les moments de surcharge, anticiper les difficultés et surtout maintenir un dialogue régulier.

00:07:29 Alexis

Et pendant la formation, à quoi faut-il être particulièrement attentif ?

00:07:33 Myriam

Il pourrait être utile de fractionner les objectifs, de faire des points d'étape, d'être plus flexible, par exemple sur les rendus. En fait, éviter l'effet montagne qui pourrait raviver l'anxiété.

Comme ce sont aussi des personnes qui ont perdu confiance en elles, peut-être judicieux que le formateur ait un discours valorisant et qu'il mette en avant les progrès.

Il faut être aussi vigilant face aux situations de redéclenchement que l'on retrouve dans certaines situations d'apprentissage, comme, par exemple, des prises de parole en public, des travaux de groupe qui peuvent vite devenir conflictuels. Ou je pense aussi aux évaluations devant un jury.

Ça, ça peut réactiver des traumatismes liés à l'ancien environnement professionnel.

00:08:10 Alexis

Pour terminer, Gwenaëlle, si vous aviez un conseil à donner aux professionnels qui nous écoutent, quel serait-il ?

00:08:16 Gwenaëlle

Eh bien, je dirais : ne restez pas seuls avec la situation et ne cherchez pas à tout résoudre vous-mêmes.

Votre rôle est d'abord de repérer, d'écouter, de prendre au sérieux ce que la personne vous dit.

Il faut savoir adapter l'accompagnement à ce qu'elle est capable de faire à ce moment-là. Surtout, il faut connaître ses limites professionnelles et savoir mobiliser les bons relais.

00:08:35 Alexis

Et justement, Myriam, lorsqu'on a besoin de passer le relais, vers quel professionnel ou quelle ressource peut-on se tourner ?

00:08:42 Myriam

Alors, le professionnel de l'accompagnement ou la personne qui est en souffrance peut notamment s'appuyer sur les acteurs de la santé et de la désinsertion professionnelle : le médecin traitant, les professionnels de santé, la médecine du travail dans son entreprise.

Et si cela est possible, si la personne n'est pas encore en rupture avec son employeur, elle peut solliciter le manager, le service des ressources humaines.

Il y a les secouristes aussi en santé mentale, les délégués du personnel aussi.

On peut aussi s'appuyer sur les associations dites de prévention. Je pense notamment à SOS Burn-out France, le collectif Burn-out ou les Burnettes, c'est une association qui est destinée aux femmes.

Il ne faut pas hésiter non plus à utiliser les numéros verts qui sont à notre disposition, comme, par exemple, Prévention Suicide ou Soutien Psy, Fil Santé Jeunes, par exemple.

Il y a aussi de l'auto-aide, de l'auto-éducation avec les fiches repères Psycom qui sont plutôt bien faites sur la santé mentale au travail.

Et puis aussi, on peut s'appuyer… La personne qui est en souffrance, elle peut aussi s'appuyer sur ses proches, son entourage.

00:09:43 Alexis

Merci beaucoup à toutes les deux.

Ce qu'on retient de cet échange, c'est qu'accompagner une personne fragilisée par une souffrance au travail, ce n'est pas forcément chercher tout de suite une solution. C'est aussi savoir écouter, respecter son rythme et mobiliser les bons relais.

Merci à Myriam et Gwenaëlle pour leurs éclairages et merci à vous de nous avoir écoutés.

À très bientôt pour un nouvel épisode de Lampe de poche !

En résumé

Le burn-out, ou épuisement professionnel, s’installe progressivement et peut avoir des conséquences importantes sur la vie professionnelle et personnelle. Mais toutes les situations de souffrance au travail ne relèvent pas nécessairement d'un burn-out. Quels repères permettent de mieux l'identifier ?

Si le diagnostic relève des professionnels de santé, les professionnels de l’emploi, de l’orientation et de la formation ont quant à eux un rôle essentiel dans le repérage des difficultés, l’orientation vers les ressources adaptées et l’accompagnement des projets d’évolution ou de reconversion professionnelle.

Alors, pour mieux comprendre ce qu’est le burn-out, identifier le rôle des professionnels de l’accompagnement et découvrir des pistes concrètes pour accompagner les personnes dans leur reprise de parcours professionnel ou de formation, nous recevons :

  • Myriam Kessouri, conseillère emploi-formation et chargée de relations entreprises à la MIFE Loire Sud. Elle accompagne des salariés en situation de vulnérabilité, notamment orientés par la médecine du travail, dans la construction de leur projet professionnel, leur reconversion ou leur accès à la formation.
  • Gwenaëlle Crauet, conseillère emploi-formation à la MIFE Haute-Savoie depuis cinq ans. Elle accompagne les salariés dans leurs transitions et évolutions professionnelles. Référente handicap et spécialisée dans la prévention du burn-out.

Écoutez cet épisode de Lampe de poche pour découvrir des repères, pratiques et leviers concrets pour accompagner les personnes après un burn-out.

Références – Pour aller plus loin :

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Crédits Illustrations sonores

Musique Dude – Patrick Patrikios ℗ YouTube Audio Library